Doit-on prendre le dossier ERIKA avec des gants ? - Conférence du stage Ecole du Barreau année 2000

La conférence du stage est un concours d'éloquence organisé par l'école du barreau (non ce n'est pas une nouvelle sexe academy).

Ma soeur y ayant participé j'ai eu l'immense honneur d'être l'auteur de sa performance.

J'ai fait beaucoup de progrès depuis 2000 soyez indulgents merci.


Conférence du stage
25/04/2000 - Premier tour

DOIT-ON PRENDRE LE DOSSIER ERIKA AVEC DES GANTS ?

Rappelons tout d'abord les faits car je tiens, non seulement une forme terrible mais également à ce que la situation soit bien claire.

Il serait effectivement vain de pérorer habilement comme je vais tenter de le faire sur un sujet fort alambiqué dont le débatteur lui-même ne saurait être le narrateur avant tout.
Il serait également vain d'essayer de respirer pendant la phrase précédente.

Un certain 12 décembre 1999, le pétrolier maltais ERIKA pris dans la tempête se brisa en deux, se vidant de son mieux de son terrible chargement.

J'ouvre ici une parenthèse fort à propos sur le fait que cette désastreuse histoire me rappelle une autre histoire, de bateau également, brisé en deux itou, un certain jour d'avril 1912.
A cela près que les pauvres passagers du Titanic on eu, eux, la décence de ne point venir s'échouer sur le littoral avoisinant, souillant sans vergogne le charme bucolique de nos plages charentaises.

En bref (car il était temps d'être bref), un véritable fléau écologique dont les guillemots, macareux et pingouins de la région se souviendront longtemps.
Côtes noircies, oiseaux englués, futurs touristes apeurés, changeant au dernier moment la destination de leurs vacances; c'est par là même une catastrophe économique pour les commerçants, révisant à l'avance leurs mathématiques dans l'idée qu'ils pourront compter longtemps sur la présence desdits touristes.

Un désastre TOTAL également pour la société du même nom qui eu l'infortune d'affréter ce maudit bateau.
Huée de tous côtés pour son manque de sérieux quant aux précautions dues à ce genre d'expédition, celle-ci préféra en premier lieu se réfugier dans un silence dont les interprétations multiples firent plus de bruit qu'elle n'eut pu en faire si elle en avait parlé.

Alors, dépitée, elle se réfugia cette fois derrière l'incompétence d'une société italienne dénommée RINA, qui elle même attribua les faits à une avarie dans la coque, invisible à l'œil nu, parce que située sous la ligne de flottaison, et provoquée par une cause inconnue.
(Vous comprendrez qu'on ne fait vérifier la structure d'un bateau que par des professionnels et non par des hommes grenouilles).

C'est donc à coup de rapports tombant à pic et de conclusions d'experts que ces deux là (FINA et RINA) voulurent prouver que la structure du bateau n'était pas affaiblie, ne mettant aucunement en cause la validité de leurs vérifications préalables.

Mais si NOUS, vous et moi, voulons bien admettre que ce bateau, victime d'une avarie invisible et qui plus est de cause inconnue (à quoi bon chercher plus loin) s'est brisé en deux tout seul, sans même un iceberg pour l'y aider, tout le monde ne le vit pas de cet œil là.

Mensonges ? Excuses ? Vérités ineffables ?
Quoi qu'il en soit, ces rapports firent couler plus d'encre qu'il n'eut pu y avoir de mazout dans les cuves de l'Erika.

Prise de court et menacée par une opinion publique grognassante, la finaude FINA se mit à promettre de l'aide, prête à se salir les mains dans le sable mazouté de nos paysages côtiers.
Certains trouveront là un moyen de se tirer de cette épineuse situation.
D'autres diront que c'est un pas vers l'avant d'autant plus difficile à franchir que c'est un peu avouer sa faute, si faute il y a.

Doit-on, pour le savoir, y fourrer son nez carrément ? Ou s'armer de précautions et notamment, puisque c'est le sujet, de gants ?

Nous touchons ici du doigt l'ESSENCE même du problème, quoique, ne puis-je m'empêcher de penser, le port de gants amoindrirait considérablement tout risque de maladies indésirables.

Mais, outre le fait qu'il est malaisé de mettre un gant sur son nez, à trop soigneusement manipuler ce tortueux dossier, on pourrait ne plus en sortir grand chose.

N'oublions pas que des gants trop épais font perdre, c'est bien connu, une sensibilité tactile, dont beaucoup de ménagères ont terriblement manqué jusqu'à l'arrivée des gants Mapa.

Certes, vous diront quelques hypocondriaques et théoriciens de la transmission du cancer par le mazout, Mapa, ou pas Mapa, des risques existent.

Cependant, vous rétorqueront d'autres amoureux de la vérité, de la nature ou kamikazes en tout genre : de même que tout fumeur ne développe pas forcément un cancer du poumon, tout toucheur de fioul sans gants ne développe pas forcément un cancer de la peau.

ATTENTION, je ne vante pas ici les mérites du savon MONMAZOUT mais ce n'est pas parcequ'il ne faut pas se laver les mains avec, qu'il faut s'en laver les mains.

Donc oui, mais non, c'est en ces quelques mots que se résume l'opinion bien affirmée qui est le mienne et qui est celle à laquelle je me réfère le plus souvent lorsque je m'interroge.

A priori, me direz-vous, c’est une réponse bien normande pour une question qui ne concerne que le sud de la Bretagne.

Mais je l’affirme : OUI, nous devons porter des gants pour aller crapahuter gaiement sur les côtes engluées de nos vacances d’antan, même si ce n’est pas drôle et que cela fait d’horribles marques de bronzage.
Mais NON, nous ne devons pas mettre de gants pour creuser dans les méandres d’un dossier qui, après avoir nagé du Sud Finistère à la Charente Maritime sur une petit coquille de fioul, a toutes les chances d’être illisible.
Car il nous importe de savoir qui est la cause d’un tel désastre, si l’on exclut par pure logique, la thèse de l’avarie mystère.

C’est donc sans arrière pensée que je m’apprête à affirmer, concluant là dessus cette intervention qui, bien que fort verbeuse s’est voulue intelligible, que pour une fois c’est sans mettre de précautions que l’on peut empêcher ERIKA de se reproduire.

MERCI

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